25 ans de la Cave à Musique à Mâcon : interview de Franck Boyat

Publié le 30 janvier 2017

En 1992 naissait la Cave à Musique. Un lieu intimiste qui a marqué toute la jeunesse mâconnaise depuis un quart de siècle, où sont passés de nombreux artistes qui ont depuis connu une ascension fulgurante. Bilan et perspectives avec Franck Boyat, son co-directeur.

Pourquoi célébrer les 25 ans de la Cave à Musique, après avoir déjà soufflé les 20 ans  ?

Franck Boyat : si on avait voulu rester dans une logique calendaire, il aurait fallu fêter les 24 ans en 2016 à l'occasion du sixième anniversaire bissextile de la Cave à Musique : en effet, celle-ci a ouvert ses portes le 29 février 1992 ! Mais bon, 25 ans, le quart de siècle, c'est un peu plus marquant en terme de communication ! Ensuite, fêter ces anniversaires, au-delà de l'aspect médiatique, c'est aussi l'occasion d'impliquer toutes les forces vives de l'association, d'avoir un œil sur le passé et un autre sur l'avenir... Une histoire de transmission en quelque sorte !

En quoi ces festivités vont-elles être différentes des 20 ans  ?

Franck Boyat : il y a des similitudes : une programmation diversifiée, à l'image du lieu, des espaces aménagés pour l'occasion, une implication énorme des bénévoles... Mais aussi de grandes différences : nous aurons un temps fort du 23 au 26 février, à la Cave à Musique (et une date au Crescent) et deux autres évènements en juin et juillet, pour des spectacles d'envergure en extérieur (Mâcon et Charnay-Lès-Mâcon). 

Pour les spectacles en février, il y aura une surprise de taille, avec l'aménagement d'un lieu totalement inédit et inconnu du public. Je n'en dis pas plus, mais on a hâte !

Quels sont les faits marquants de ce premier quart de siècle  ? Quels sont les artistes que la Cave a soutenu et qui ont émergé depuis  ?

Franck Boyat : il y a eu énormément de choses faites dans ces voûtes, les premiers concerts, la construction des locaux de répétition, les résidences d'artistes... Des moments très forts, des temps de développement importants, suivis de périodes d'incertitude hélas trop souvent récurrentes, des licenciements, des instants sombres... Pourtant, ce qui est assez remarquable, c'est la continuité du projet, porté par l'association Luciol depuis l'origine, axé autour de la diffusion de spectacles vivants, l'accompagnement des pratiques, l'action culturelle, le tout dans une logique transversale entre culture, social, éducatif, santé, environnement... Je retiens le concert de soutien que nous avions fait à Thoissey en 2002, qui avait redonné une dynamique à l'association dans une période où nous étions passés très près du clap de fin ! 

Les artistes soutenus qui ont émergés sont très nombreux, même si pas forcément très connus du grand public. Je pense à des musiciens locaux, mais également régionaux et nationaux, dont nous avons pu assister les tous débuts. C'est assez émouvant avec le recul. Ce qu'on ne voit pas, ce sont les parcours artistiques : les artistes naviguent de projet en projet, de rencontres en rencontres. Nous sommes un jalon qui leur permet de tracer leur route et parfois nous nous impliquons plus fortement, au gré des rencontres et des feelings... Mais c'est bien un ensemble de lieux qui permet ce développement, pas uniquement la Cave à Musique, évidemment.

Qu’elle est votre plus grande fierté en tant que directeur de cette salle  ?

Franck Boyat : d'avoir été un maillon, une fourmi dans le travail de reconnaissance à l'échelle nationale de ce secteur dit des "musiques actuelles", sans dévier des valeurs revendiquées et assumées, issues de l'éducation populaire et répondant aux critères de l'économie sociale et solidaire, et ce depuis l'origine. Il y a encore du chemin à parcourir, mais désormais, les musiques actuelles amplifiées ont leur place dans le paysage culturel national...

Quelles sont les innovations dont vous êtes les plus fiers  ?

Franck Boyat : dans le même ordre d'idée, le récent cahier des charges du label SMAC, délivré par le Ministère de la Culture et de la Communication reprend nombre de finalités et d'objectifs que nous avons développés au cours des années, à savoir un projet artistique et culturel autour de la diffusion, l'accompagnement des pratiques, de l'action culturelle à vocation sociale et éducative, du développement territorial et des mises en réseaux...

Plus concrètement, de 1998 à 2002, Luciol a développé un projet autour du multimédia et de la démocratisation des pratiques numériques. Dans le contexte de l'époque, c'était novateur et nous étions le premier lieu haut débit de Mâcon. Des ados, geeks avant l'heure, venaient jouer en réseau pendant que des mamies de quartier apprenaient les bases du "chat" et de la gestion d'une adresse mail. Étonnant et totalement improbable avec le recul !

A titre personnel, le projet d'accompagnement des pratiques, développé depuis 1996, tient une place particulière dans mon parcours, puisque ce fut pour développer ce projet que j'ai été recruté... à une époque où tout était à construire et imaginer dans ce domaine ! 

Comment La Cave à Musique s’inscrit dans le paysage et l’univers local  ? Souffre-t-elle de la concurrence du SPOT  ?

Franck Boyat : notre projet est désormais bien établi et identifié dans le paysage culturel local. Nous nous sommes toujours efforcés de travailler en partenariat et en synergie avec les structures culturelles locales et régionales. De fait, sur Mâcon, il y a eu un développement très important en termes d'équipements culturels, privés ou publics. Il faut s'en féliciter et s'en réjouir, cela n'est pas partout comme ça, loin de là ! Cette offre diversifiée crée bien plus de dynamique que de concurrence : les gens sortent et en redemandent ! On nous compare souvent au SPOT... il n'y a pas grand chose à comparer, car nous ne faisons pas le même métier, même s'il y a des similitudes. Et puis, il faut arrêter de croire qu'on ne va plus au cinéma parce qu'on irait voir du théâtre, ou qu'on ne peut pas fréquenter un café-concert et le lendemain aller en famille voir un spectacle dit "grand public" ! Encore une fois, plus on sort, plus on a l'envie de sortir !

Quelles sont les spécificités de la Cave à Musique  ?

Franck Boyat : la Cave à Musique est gérée depuis l'origine par l'association Luciol, avec une implication très forte de bénévoles, à tous les niveaux du projet. Cet engagement associatif d'individus dans un projet artistique et culturel d'envergure a hélas tendance à se raréfier et les projets musiques actuelles développés actuellement ont des modes de gestion qui laissent moins la place à l'initiative individuelle, à l'expérimentation. Ce n'est pas le cas ici et c'est une force, même si au quotidien, cela n'est pas toujours simple ! 

Le contenu de la  programmation, entre découvertes, artistes confirmés, scène locale, nationale ou internationale, avec un éclectisme revendiqué et assumé (une soirée électro suit un concert de métal, précède un spectacle de café-théâtre avant de laisser la place à une création "jeune public"...) permet un brassage de publics très diversifiés. Ce n'est pas si courant !  

Quels sont les temps forts de cette célébration  ?

Franck Boyat : un premier concert "hors les murs" chez nos amis du Crescent, avec lesquels nous avons de nombreuses collaborations et des valeurs proches (jeudi 23 février avec ALA.NI). Le lendemain (vendredi 24 février), une soirée intitulée "Luciol In Wonderland". Il s'agit d'une soirée entièrement conçue par les bénévoles de Luciol, avec une déco improbable et des performances hautes en couleurs et en musique, avec une implication de nombreux musiciens locaux... bref, une soirée complètement atypique et unique, à ne pas rater ! Le samedi soir (25 février), nous avons le plaisir d'accueillir à nouveau Le Peuple de l'Herbe, dont nous suivons la carrière depuis les tous débuts. Enfin, pour clore ce premier temps fort, le dimanche 26 février, un spectacle "jeune public" intitulé "Gambettes Symphonie", qui était récemment en création à la Cave à Musique, par la compagnie Les Zinzins

Quels sont les grands chantiers à venir de la Cave à Musique  ?

Franck Boyat : le chantier permanent, c'est déjà de perdurer ! Même si la situation actuelle est plutôt pas mal, il faut bien comprendre que nous n'avons jamais de vision à plus de deux ans et qu'il faut donc sans cesse aller défendre le projet auprès de nos multiples partenaires publics et privés. 

Plus concrètement, le développement du projet passe par l'aménagement de nouveaux espaces. Ces espaces existent au 119 rue Boullay, on déposera des projets dans ce sens. 

Enfin, nous avons participé en 2016 à la création d'un réseau de filière musiques actuelles à l'échelle de la Bourgogne Franche Comté (la FEMA-BFC). L'implication des principaux acteurs culturels régionaux y sera croissante et nous y aurons toute notre place. 

Propos recueillis par Hervé Troccaz

> Le site officiel de la Cave à Musique

> Les 20 ans de la Cave à Musique

> 20 ans de la Cave à Musique : interview de Didier Goiffon

Les photos 25 ans de la Cave à Musique à Mâcon : interview de Franck Boyat